Réunion du Conseil départemental du 8 décembre 2025

Publié le 8 décembre 2025


Propos introductif de Jean-Claude LEROY Président du Département du Pas-de-Calais

Pour ouvrir cette séance je vais vous demander de vous lever afin que nous puissions rendre hommage à Mathieu CORNU, jeune sapeur-pompier de la caserne de Marquise.

C’est effectivement avec une profonde émotion que nous avons appris le décès de Mathieu CORNU alors qu’il s’était arrêté pour porter spontanément secours aux victimes d’un carambolage sur l’Autoroute A16, entre Calais et Boulogne-sur-Mer.

Mathieu avait fait du soutien aux autres le fil conducteur de sa vie. Engagé comme jeune sapeur-pompier à 14 ans au centre de secours de Marquise, il a confirmé cet engagement en devenant sapeur- pompier volontaire dans ce centre qui l’a vu grandir. Il est l’incarnation de ce qu’il y a de meilleur dans la République.

Ce matin du 24 novembre, Mathieu avait pris la route pour aller prendre sa garde… Une route qui s’est tragiquement arrêtée.

A sa famille, à ses proches, à la corporation des sapeurs-pompiers du Pas-de-Calais nous réitérons nos plus sincères condoléances.

(instant de silence)

Mesdames, Messieurs,

Nous ouvrons donc cette séance plénière qui sera dense et rythmée.

Nous commencerons tout d’abord par la présentation du livre blanc « Jeunesse et Handicap » qui s’est notamment nourri d’une rencontre au Parc Départemental d’Olhain particulièrement intéressante.

Je tiens d’ailleurs à remercier l’ensemble de nos vice-Présidentes et Vice-Présidents ainsi que les services départementaux pour cette manière désormais largement développée de travailler en transversalité.

Ce travail en transversalité a par exemple été développé dans nos collèges sous l’angle « Culture et Education » et il y a quelques jours, c’est un temps d’échange sur le logement et les jeunes qui a été organisé au sein de cet hémicycle. C’est donc bien en croisant nos politiques publiques que nous pouvons apporter les réponses les plus pertinentes. Parce que les problèmes et les difficultés rentrent rarement dans une seule case.

C’est d’ailleurs la méthode que nous avons adoptée depuis plusieurs années au sujet de l’insertion. Comment pourrions-nous favoriser durablement l’emploi si nous ne réglons pas les problèmes de santé, les problèmes de transport ou les problèmes de garde d’enfants ?!

Et puisque le Premier Ministre, Sébastien LECORNU, a souhaité consulter les Présidents des Conseils départementaux sur un nouvel acte de décentralisation, c’est un des points sur lesquels j’ai souhaité insister.

Rien ne serait pire que de cantonner les Départements à n’être qu’une collectivité de l’aide sociale, sans action globale et spécifique, sans nous permettre en parallèle de lever des freins.

Nous savons parfaitement ce qu’il faut faire pour que cela fonctionne ! Vous en avez d’ailleurs de multiples exemples dans ce document marquant un point d’étape de notre Projet de mandat.

Ce document montre combien nous avons agi, modifié, innové, travaillé pour que la population du Pas-de-Calais et nos partenaires puissent obtenir des solutions concrètes et souvent novatrices.

Tout à l’heure, plusieurs de nos partenaires viendront nous dire comment ils ont vécu certaines de ces nouvelles procédures développées dans ce projet de mandat. Ce sont des témoignages précieux pour pouvoir faire évoluer notre action et la réinventer au besoin.

Parce qu’effectivement, nous n’avons certainement pas besoin d’une énième réforme territoriale qui vienne nous dire ce que nous devons faire, ni comment nous devons le faire. La seule question utile c’est de savoir de quels moyens pérennes allons-nous disposer pour mener à bien notre action !

Je ne prendrai qu’un seul exemple pour illustrer mon propos avec notre compétence sur l’enfance à protéger.

Nous sommes tous capables de faire des constats et de mettre en lumière des difficultés.

Oui il y a des enfants déstructurés, parfois violents, souvent perdus dans leur évolution, en proie à de nombreuses dérives.

Oui il y a des fragilités multiples avec des réponses parfois inadaptées.

Oui il y a une difficulté majeure de recrutement aussi bien dans les structures d’hébergement que l’accueil à domicile.

Mais pensez-vous un seul instant que c’est en recréant la DDASS d’antan que les problèmes vont se régler ?

Pensez-vous que c’est en atomisant la psychiatrie dans notre pays que nous trouverons des solutions d’accompagnement ?

Pensez-vous que c’est en pointant continuellement et uniquement les problèmes que le métier d’éducateur sera valorisé et que nous trouverons de nouvelles familles d’accueil ?

Parce que oui il y a aussi de très belles réussites et surtout un véritable engagement de tous qui mériterait un minimum d’éclairage.

En 2025, nous consacrons 345 millions d’euros à la protection de l’Enfance ; c’est 20 millions d’euros de plus que l’année dernière où il y avait déjà eu 15,5 millions d’euros de plus que l’année d’avant.

C’est un engagement conséquent de plus de 100 M€ sur 4 ans pour pouvoir gérer le quotidien de ces 7 000 enfants.

Mais ce qu’il nous manque ce sont des financements pérennes de la part de l’Etat pour ouvrir des solutions d’accueil nouvelles comme celles que nous avons commencé à développer. Il est indispensable de pouvoir traiter l’urgence quand tombe une décision de justice ; Indispensable aussi de pouvoir créer les conditions de l’évaluation avant d’orienter ces jeunes. Indispensable enfin d’avoir des solutions aux doubles vulnérabilités quand le handicap vient se mêler aux difficultés sociales.

La République prend un véritable risque en ne traitant pas cette problématique à la hauteur des besoins et il est de notre responsabilité à tous de ne pas toujours souffler sur les braises.

Ce travail sur l’enfance à protéger ne pourra pas non plus se faire sans un développement plus important de la prévention dans notre pays ; C’est la seule issue si nous ne voulons pas alimenter continuellement ce puits sans fond du curatif.

A cet égard, je voudrais rappeler que nous fêtons cette année les 85 ans de la PMI et c’est l’occasion de rendre hommage à tous ces professionnels qui dépistent les problèmes dès le plus jeune âge ; l’occasion de rappeler aussi que ce que nous faisons pour l’éducation dans les collèges, les écoles maternelles, dans nos Maisons des Ados, dans les MDS avec nos travailleurs sociaux…

C’est là que doit se faire la différence, en repérant, en accompagnant et en corrigeant dès le plus jeune âge.

C’est en tout cas l’option que nous avons prise ici avec un engagement plus important qu’ailleurs, comme me l’ont récemment confirmé des responsables de la Banque Postale.

Dans cette étude sur les Départements de plus d’un million d’habitants qui nous a été présentée, le Pas-de-Calais apparaît clairement comme un de ceux faisant le plus sur le volet éducatif des collèges.

C’est aussi le même constat concernant le Service Départemental d’Incendie et de Secours avec un financement constamment en hausse quand les autres baissent. Si en moyenne le financement du SDIS est de 48 € par habitant, dans le Pas-de-Calais il est de 61 €.

Cet engagement de notre collectivité est bien évidemment une question de choix politiques assumés.

Je ne parle pas des choix faciles qui voudraient que l’on fasse toujours mieux avec toujours moins. Je parle de choix éclairés et de choix partagés.

Faire des choix éclairés suppose que nous connaissions parfaitement la situation face à laquelle nous devons agir.

Tout à l’heure, nous recevrons Nathalie DELATTRE et Olivier PUCHER de l’INSEE des Hauts-de-France. Ils nous présenteront un panorama de ce que devrait être la démographie dans le Pas-de-Calais pour les années à venir. Ce sont des données essentielles pour que nous puissions adapter nos actions pour l’enfance, pour les collégiens, pour les familles et pour les personnes âgées.

Il y a là de véritables défis à relever, nous le savons bien.

Mardi dernier, la Cour des Comptes a d’ailleurs rendu un rapport particulièrement intéressant, que je vous engage à lire, sur les conséquences de la baisse de la natalité et du vieillissement de la population sur les finances publiques. Vous imaginez bien que les besoins vont être considérables !

Et ce sont ces questions-là qu’il serait bon de voir abordées à l’Assemblée Nationale, dans un climat apaisé et propice aux projections, pour pouvoir avancer sur les ressources à trouver.

Et cela ne veut d’ailleurs pas forcément dire une fiscalité toujours plus lourde pour les classes moyennes mais de vrais choix à opérer, beaucoup plus égalitaires.

L’INSEE ne dit pas autre chose dans une nouvelle fois une étude de l’INSEE de la semaine dernière indiquant que près de la moitié de la rentrée d’argent des 40 000 foyers les plus favorisés de notre pays provient des placements financiers, des dividendes et des intérêts des contrats d’assurance vie.

C’est donc bien la part de la rente qui ne cesse de progresser dans notre pays au détriment de l’appareil productif et des salaires.

Il y a là de quoi nourrir une réflexion et surtout remettre de l’égalité au profit des plus en difficulté et des classes moyennes.

Dans la mesure où cela impacte nos recettes, nous sommes tout à fait légitimes pour prendre position et nous aurons toute latitude à le faire lors de notre Débat d’Orientation Budgétaire au début de l’année.


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