Mesdames, Messieurs,
La résistante Lucie AUBRAC disait souvent « le mot résister doit toujours se conjuguer au présent » et c’est finalement un appel à ce besoin de résistance au quotidien qui est lancé aujourd’hui à Longuenesse à travers cet hommage aux frères Camus.
Si nous parlons souvent du Vercors, on oublie parfois que l’Audomarois a été également une véritable terre de résistance avec des femmes et des hommes qui ont utilisé leur vie quotidienne pour multiplier les sabotages ou pour cacher des soldats, souvent Britanniques.
Le gardien de la paix Gaston DEWINTRE surveillait la construction du Blockhaus d’Eperlecques pour renseigner les alliés.
Le coiffeur Alfred BOURGEOIS appliquait des teintes aux soldats britanniques cachés dans les marais pour qu’ils passent un peu plus inaperçus.
Le garagiste Théophile LOURDEL organisait des transports clandestins.
L’employé communal Paul BAYART fournissait des faux-papiers.
Les exemples d’actes de résistance sont nombreux et parmi eux les « frères Camus », ces ouvriers tanneurs cousins germains qui n’ont pas hésité a multiplier les actions de sabotage chez les militaires allemands ici, à Saint-Omer, à Saint-Martin-au-Laërt et même à la Coupole d’Helfaut !
Les frères Camus qui, comme beaucoup, furent arrêtés puis emprisonnés à Loos avant d’être envoyés dans les Camps en Allemagne et à Dora en particulier.
Des arrestations faisant souvent suite à des dénonciations, ce qui en dit long aussi sur la nature humaine et sur la différence fondamentale entre la résistance et la collaboration que le temps qui passe ne peut pas effacer…
Aujourd’hui je suis donc très honoré et ému d’être parmi vous pour rendre hommage aux frères Camus parce que leur héroïsme quotidien et leur sacrifice est un lourd tribut à notre liberté.
Ces « Pavés de la mémoire », ces « Stolpersteine », renforcent je pense cet hommage en l’inscrivant dans la vie quotidienne des frères Camus qui ont vécu près d’ici et du Café « A la Capelette ».
Et vous savez combien les cafés et les caves ont été des lieux essentiels pour organiser la Résistance et même les lendemains de la guerre ;
Ce sont dans ces cafés et dans ces caves que s’est écrit le Conseil National de la Résistance, ce qui fondera le Front Populaire de 1936 et notre Sécurité Sociale actuelle. Si en France on ne sort pas sa carte bancaire quand on va chez le médecin et à l’hôpital c’est aussi grâce à la résistance et sûrement pas à la Collaboration.
Enfin, je tiens à vous remercier d’avoir autant basé cette cérémonie sur l’Education et sur les travaux des élèves de l’Ecole Louis Pasteur de Longuenesse et du Collège de Wizernes. Le Département sera toujours à vos côtés et aux cotés des enseignants pour mener ce nécessaire travail de mémoire.
Au-delà des différentes dotations éducatives, nous avons voulu que chaque élève de 3ème de nos collèges publics puisse aller à La Coupole. Non pas pour consommer de l’Histoire mais pour la rencontrer. Près de 15 000 élèves sont concernés chaque année et lorsqu’ils vont à La Coupole ils s’approprient une mémoire et deviennent à leur tour des passeurs.
Ce qui est fait ici aujourd’hui est parfaitement complémentaire et c’est véritablement un acte citoyen.
Et puisque j’ai commencé mes propos par citer Lucie AUBRAC, je conclurai aussi par ses mots lorsqu’elle disait « les allemands nous avaient volé la Liberté et l’Egalité mais ils n’avaient pas su interdire la Fraternité » ! Cela démontre la force de la Fraternité, ce lien unique de solidarité et de soutien mutuel si bien incarné par les Frères Camus. Une fraternité qui doit redevenir le ciment de notre société quand le rejet et l’individualisme nous en éloigne tant !