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Mesdames, Messieurs,
Chers amis,
Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui, à Souchez, pour cette nouvelle édition de La Renaissance, Fête de la Libération des Hauts-de-France.
Je veux d’abord saluer et remercier chaleureusement l’association des Véhicules Anciens du Bois de Carieul, ses bénévoles, les collectionneurs, les associations, les musiciens, les élus, et bien sûr toutes celles et tous ceux qui font vivre cette manifestation.
Pour la neuvième année consécutive, vous êtes au rendez-vous, et cette fidélité compte.
Elle compte parce qu’à travers vos véhicules, vos expositions, vos conférences, vos reconstitutions et toutes les animations proposées pendant ces journées, vous faites quelque chose d’essentiel car vous rendez l’Histoire vivante.
Cette neuvième édition intervient alors que nous commémorons le 82e anniversaire de la Libération du Pas-de-Calais.
Alors, il faut se rappeler ce que furent ces journées de l’été 1944.
A la fin du mois d’août, les armées alliées ont franchi la Seine. Paris vient d’être libéré. L’armée allemande est en pleine débâcle et commence à se replier vers le Nord. Mais ce repli ne signifie pas que la liberté est déjà acquise.
Dans le Pas-de-Calais, les populations ont vécu l’occupation, les réquisitions, les pillages, les arrestations et les exécutions d’otages.
Dans les mines, la grève générale commence le 22 août. Et partout, la Résistance s’organise et participe, elle aussi, à la libération du territoire.
Puis, en quelques jours, l’avancée alliée s’accélère.
Le Pas-de-Calais retrouve progressivement sa liberté. Mais cette liberté a un prix.
Des soldats sont tombés.
Des résistants ont été tués.
Des familles ont été éprouvées.
Et, sur le littoral, les dernières poches allemandes vont encore résister pendant plusieurs semaines.
C’est cette histoire que nous devons continuer à raconter.
Et je trouve particulièrement symbolique que cette manifestation porte le nom de La Renaissance.
Parce que ce mot renvoie à l’histoire même de Souchez.
Après les destructions de la Première Guerre mondiale, la commune avait déjà connu une première renaissance, avec la reconstruction de ses bâtiments municipaux, inaugurés le 10 juin 1928.
Renaissance après la destruction.
Libération après l’occupation.
Reconstruction après la guerre.
Il y a, dans l’histoire de Souchez, quelque chose de profondément universel, la capacité des hommes et des femmes à se relever après les épreuves et à reconstruire ensemble.
C’est aussi pour cela que le Département du Pas-de-Calais assume une politique mémorielle volontariste.
Pour moi, et pour le Département que je préside, le devoir de mémoire n’est pas une simple obligation institutionnelle.
Il correspond à une conviction profondément républicaine et humaniste.
Parce que se souvenir, c’est défendre ce à quoi nous croyons. La liberté, l’égalité, la fraternité, la dignité de chaque être humain.
Nous ne voulons donc pas simplement conserver des archives ou entretenir des monuments.
Nous avons développé, avec nos Archives départementales, une véritable ingénierie scientifique, historique, culturelle et pédagogique, pour accompagner les communes, les intercommunalités et les associations qui portent des projets de mémoire.
Nous apportons notre expertise, notre accompagnement, mais aussi notre soutien financier.
Souchez en est une illustration particulièrement forte.
Ici, l’Histoire est partout.
Elle est inscrite dans les paysages, dans les lieux, dans les traces laissées par les conflits, et dans la mémoire des habitants.
Notre responsabilité, c’est de faire en sorte que cette histoire puisse être comprise, partagée et transmise.
Et cette transmission, nous la voulons particulièrement forte auprès de notre jeunesse.
Chaque année, les 125 collèges publics du Pas-de-Calais se rendent à La Coupole d’Helfaut. Près de 15 000 collégiens de 3ème découvrent ainsi ce lieu majeur de notre histoire. Le Département prend en charge l’intégralité des frais de transport et d’entrée.
C’est un choix politique. Parce que nous considérons que la connaissance de l’Histoire et l’accès aux lieux de mémoire ne doivent pas être réservés à ceux qui en ont les moyens.
L’égalité Républicaine, c’est aussi permettre à chaque jeune, quel que soit son territoire ou son milieu social, de comprendre l’Histoire de notre pays et de notre continent.
Et cette exigence est aujourd’hui particulièrement importante.
Car nous vivons une période où la guerre est revenue sur le continent européen.
Les conflits se multiplient.
Les discours de haine ressurgissent.
Le racisme et l’antisémitisme restent des réalités.
Et, sur les réseaux sociaux, circulent parfois des mensonges, des manipulations et des falsifications de l’Histoire.
Nous ne pouvons pas être indifférents à cela.
Parce que nous savons, par notre propre histoire, où peuvent conduire la haine, le fanatisme, le rejet de l’autre et la négation de la dignité humaine.
Le devoir de mémoire n’est donc pas une nostalgie.
C’est un devoir de vigilance.
Il nous oblige à regarder notre passé, mais aussi à regarder notre présent.
Il nous rappelle que la paix et la liberté ne sont jamais définitivement acquises et que la démocratie doit être défendue.
George Santayana écrivait : « Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter. » Cette phrase résonne avec une force particulière aujourd’hui.
C’est pourquoi je crois profondément à une mémoire vivante, populaire et humaniste. Une mémoire qui rassemble plutôt qu’elle ne divise. Une mémoire qui donne des clés pour comprendre plutôt que des raisons de haïr. Une mémoire qui nous rappelle que derrière les grandes dates de l’Histoire, il y a toujours des femmes et des hommes, des vies, des familles, des souffrances.
Mais aussi du courage, de la solidarité et de l’espoir. C’est ce que vous faites ici, à Souchez.
À travers cette fête, vous ne célébrez pas la guerre.
Vous célébrez la liberté retrouvée.
Et cette distinction est essentielle.
Nous ne devons jamais banaliser la guerre.
Nous devons, au contraire, mesurer ce que signifie vivre en Paix, vivre libre, vivre dans une démocratie.
Voilà pourquoi le Département continuera d’être aux côtés de celles et ceux qui font vivre cette mémoire dans nos territoires.
Et voilà pourquoi nous continuerons à donner à nos jeunes les moyens de rencontrer cette Histoire.
Parce que transmettre la mémoire, c’est transmettre une exigence.
L’exigence de ne jamais accepter l’inacceptable.
L’exigence de défendre la liberté.
L’exigence de combattre toutes les formes de haine.
L’exigence, aussi, de ne jamais renoncer à l’égalité et à la fraternité.
Et l’exigence de croire que, même après les périodes les plus sombres, il est toujours possible de reconstruire.
C’est finalement tout le sens du mot qui nous rassemble aujourd’hui :
La Renaissance.
Renaissance d’un territoire.
Renaissance d’une population.
Renaissance de la liberté.
Et, plus que jamais, renaissance de notre volonté collective de construire la paix.
Je vous remercie.