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Discours
Mesdames, Messieurs,
Dix ans.
Dix ans déjà que l’aventure de L’Envol a commencé, à Lens.
Et quand on regarde le chemin parcouru, on mesure qu’il ne s’agit pas simplement de l’histoire d’une association culturelle.
C’est l’histoire d’une conviction.
Une conviction simple, mais profondément politique, l’art peut transformer les personnes, et la création peut transformer les territoires.
Depuis 2015, L’Envol n’a cessé d’expérimenter.
Classe Départ, Grand Éc’Art, A p’Art Entière, la reprise de 501 Blues, puis le Passage à Niveaux…
À chaque fois, vous avez cherché à inventer une réponse nouvelle, en partant des personnes, de leurs parcours, de leurs difficultés, mais aussi de leurs envies et de leurs capacités.
Et c’est précisément ce qui rend L’Envol si particulière.
Je vais le dire très simplement, l’Envol ne rentre pas toujours dans les cases.
Et finalement, c’est peut-être sa plus grande force. Parce que nos politiques publiques en matière de culture ont besoin de critères, de cadres, de dispositifs. C’est normal.
Mais une politique publique ne peut pas avoir pour seul objectif de faire entrer les projets dans des cases préexistantes.
Elle doit aussi être capable de regarder ce qui se construit autrement, de reconnaître les démarches qui expérimentent et, parfois, d’accompagner ce qui ne trouve pas encore sa place dans les cadres habituels.
C’est ce que nous avons choisi de faire avec L’Envol.
Parce que vous ne partez pas d’un dispositif pour chercher ensuite à y faire entrer les habitants.
Vous partez des habitants pour construire avec eux.
Et cette démarche nous interroge.
Elle nous invite à regarder autrement la démocratisation culturelle.
Pendant longtemps, nous avons beaucoup parlé d’accès à la culture ; comment faire venir davantage de personnes dans les lieux culturels, comment réduire les obstacles, comment élargir les publics.
Aujourd’hui, d’autres réflexions prennent de l’ampleur, la participation, la capacité à créer, la place donnée aux habitants, les droits culturels.
Je ne dis pas que L’Envol est la traduction d’un modèle particulier.
Je dis que son parcours nourrit cette réflexion collective sur ce que pourrait être la culture demain.
Parce que notre société change.
Les pratiques évoluent.
Les attentes évoluent.
Les territoires évoluent.
Et peut-être que les politiques culturelles doivent elles aussi accepter de se transformer.
Le Passage à Niveaux en est une formidable illustration. Vous êtes partis d’un ancien supermarché pour en faire un lieu de création, de rencontres, de solidarité, de restauration et de formation. Vous avez transformé un lieu vacant en lieu vivant !
Et surtout, vous avez créé un endroit où des personnes qui ne pensaient pas forcément que ce lieu était pour elles ont fini par pousser la porte.
Je pense notamment à ces jeunes que nous avions reçus avec mes collègues élus, dans le cadre de notre commission thématique Éducation, Culture, Sport et Citoyenneté.
Ils nous racontaient avoir découvert le Passage à Niveaux parce qu’un proche, un ami, quelqu’un de leur entourage y était allé. Et certains nous disaient très franchement que, sans cela, ils n’y seraient « jamais, jamais, au grand jamais » allés.
Et pourtant, ils ont franchi la porte. Ils ont découvert le lieu. Ils y sont revenus.
C’est peut-être cela, au fond, la transformation la plus importante. Le moment où quelqu’un se dit : “Ce lieu est aussi pour moi.” C’est une autre manière de penser l’action culturelle.
Et c’est aussi le rôle du Département. Soutenir les initiatives qui expérimentent, faire confiance à celles et ceux qui innovent et, lorsque ces démarches ont fait leurs preuves, leur permettre de changer d’échelle.
C’est tout le sens de notre soutien à Grand Éc’Art, qui s’étend aujourd’hui à de nouveaux territoires, notamment à Osartis-Marquion et à Hesdin.
Parce que l’égalité territoriale, ce n’est pas appliquer partout la même recette. C’est permettre à chaque territoire d’inventer les réponses dont ses habitants ont besoin.
Et c’est aussi une manière de faire vivre notre conception de la République des territoires ; une République qui fait confiance aux territoires, à leurs acteurs et à leur capacité d’inventer.
Je veux enfin évoquer Daniel Boys.
Parce qu’il défendait lui aussi une création vivante, populaire, accessible, qui donne à chacun une place. Je crois que nous pouvons lui rendre hommage de la plus belle des manières, en continuant à faire vivre cette ambition.
Dix ans après sa création, L’Envol change encore d’échelle.
Et peut-être est-ce là sa plus belle réussite. Nous rappeler que la culture de demain ne sera pas nécessairement celle que nous avons connue hier.
Elle sera peut-être plus participative, plus ouverte, plus proche des habitants.
Elle sera peut-être nourrie par les droits culturels, par l’Education Artistique et Culturelle, par l’éducation populaire, par l’économie sociale et solidaire, par toutes ces démarches qui cherchent aujourd’hui à inventer de nouvelles façons de faire société par l’art.
Et cette expression, je crois, vous ressemble particulièrement.
Faire société par l’art.
C’est ce que vous faites depuis dix ans.
Et c’est aussi ce que le Département veut continuer à accompagner : la liberté d’expérimenter, la liberté de créer, la liberté d’inventer de nouvelles façons de vivre ensemble.
Alors, joyeux anniversaire à L’Envol.
Et longue vie au Passage à Niveaux !